Le Good Earth, un projet de tourisme communautaire au Kerala

Publié le par terre-de-femmes.over-blog.com

Kerala backwaters (10)Vayalar, Kerala, Inde du Sud, janvier 2015

 

Spécificité du Kerala, les back-waters

 

Les « back-waters » du Kerala forment une chaine de lagons, lacs, rivières et canaux longeant la côte de la mer d’Arabie sur environ la moitié de la longueur de l’Etat du Kerala. C’est à cette curiosité naturelle que le Kerala du Sud doit la prospérité de ses royaumes.

 

Seule voie de navigation Nord-Sud, ce réseau de canaux et de lagunes unique au monde par sa densité et sa taille a permis l’acheminement des marchandises, des idées et des hommes.


Les back-waters ont un écosystème unique où l’eau fraiche des rivières intérieures descendue des Ghâts occidentaux rencontre l’eau de mer, où se développent de nombreuses espèces aquatiques endogènes.

 

Kerala backwaters (12)Selon la saison, l’eau des back-waters, plus ou moins salée, draine une faune plus ou moins abondante, et fait varier les espèces.

 

De nombreux oiseaux, comme le superbe martin-pêcheur au plumage bleu roi, et autres animaux tels que des outres et des tortues vivent à l’intérieur et au bord des back-waters.

 

La végétation luxuriante apporte une teinte verte caractéristique aux paysages alentour, où se côtoient rizières, bananeraies et plantations de cocotiers.

 

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La vie locale se déroule au rythme des cours d’eau et des marées, toute centrée sur l’activité maritime : pêche, construction de barques, de bateaux et de auvents artisanaux, filage de cordes et de filets.

 

Kerala backwaters (14)A l’heure où le soleil décline et la chaleur se fait moins intense, les pêcheurs commencent à fixer leurs filets. Les bateaux à moteur, de marchandises ou de passagers, se mettent alors à quai pour laisser la place aux seuls pêcheurs.

 

Durant la nuit la marée baisse, les lacs se vident. Vient à alors le moment de lever les filets… au petit matin, la maigre pêche sera vendue sur les marchés des villages alentour, si ce n’est directement à l’accostage de la barque.

 

 

 

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Kerala backwaters (17)La culture des crevettes en bassins était auparavant une source majeure de revenus.

 

La pêche reste importante, de même que la pisciculture à petite échelle.  

 

Cependant, la source locale majeure de revenus est devenue aujourd’hui la fabrication de cordages, servant à la construction et la décoration des « bateaux-maisons » ou Kettuvalam.

 

 

 

Kerala backwaters (19)Le cordage est une activité manuelle, essentiellement féminine, utilisant les fibres de coco qui, comme la laine, sont bouillies pour être assouplies, puis cardées, filées et enfin tressées à l’aide d’une roue motorisée. Pour ce travail fastidieux et quotidien, les femmes gagnent 150 roupies (soit 2 euros) par jour.

 

Outre la pêche, les hommes offrent leurs services de bateliers aux touristes venant naviguer sur les back-waters, ou fabriquent des canoës et des auvents traditionnels pour les house-boats. On rencontre également des cueilleurs de noix de coco, des cultivateurs de riz, et des collecteurs de coquillages.

 

Les villages sont reliés par les canaux. Chaque foyer possède sa barque, utilisée pour se déplacer, pêcher et transporter les lots d’épices, de noix de coco, de sable et de coquillages.

 

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Du transport marchand au tourisme

 

Kerala backwaters (23)Le transport dans la région s’effectuait essentiellement en bateau, à travers les back-waters.

 

Les Kettuvalams étaient traditionnellement utilisés pour transporter le riz venant des grandes exploitations en amont de Cochin, et ramener du sud des matériaux de construction et des épices.

 

Les propriétaires ne voulaient pas laisser leurs familles seules durant ces voyages, c’est pourquoi ils avaient aménagé des cabines pour que leurs familles les accompagnent. Puis des routes ont été construites et les camions ont pris le pas sur les bateaux pour le transport de marchandises. En guise d’alternative, les propriétaires de bateaux se sont alors reconvertis au tourisme.


Kerala backwaters (24)Aujourd’hui, les house-boats représentent une véritable industrie touristique. 2500 bateaux se bousculent quotidiennement sur la rivière principale autour d’Allepey, ce qui n’est pas sans poser de problèmes de pollution des eaux affectant la faune marine.

 

Mais les retombées financières les plus importantes ne sont malheureusement pas forcément locales, car cette industrie est tenue principalement par des banquiers ou hommes d’affaires, propriétaires des bateaux.

 

Naissance d’un projet

 

Kerala backwaters (26)Pendant que des milliers de bateaux empruntent le même itinéraire autour d’Allepey, le Good-Earth, lui, navigue en toute tranquillité sur un lac et des canaux où ne se croisent que des bateaux de pêche, une zone encore préservée de l’industrie touristique.

 

Le Good-Earth est un projet de tourisme communautaire bénéficiant à plusieurs communautés villageoises.  Un groupe d’entraide communautaire a été créé en 2010, constitué de 16 membres et 2 « patrons », venant de 4 villages. Chaque membre est lui-même une association de 10 à 12 personnes. Parmi les membres, 7 groupes de femmes et  9 d’hommes. Les membres ont été choisis parmi les communautés les plus pauvres.

 

Kerala backwaters (28)La construction du bateau a entièrement été réalisée par les hommes et les femmes de ces villages, chacun apportant son savoir-faire.

 

Le bateau a été construit selon les méthodes traditionnelles, en bois local d’Anjali, avec des clous en cuivre, de l’huile de poisson et des cordes de coco. Des feuilles de palmier tressées et de bambou ont été utilisées pour l’auvent et la séparation des chambres. Le savoir-faire pour la construction de ces bateaux traditionnels s’est transmis de père en fils, au fil des générations.

 

Le bateau a été financé par un prêt assorti d’une donation d’un organisme caritatif, le « Village Ways Charitable Trust ». Il entame sa quatrième saison.


Kerala backwaters (18)La gestion et la maintenance est assurée par le groupe d’entraide communautaire, dont les dirigeants sont élus pour 5 ans. Le service est assuré par un équipage de 3 personnes, un chauffeur, un guide et un cuisinier. 2 équipes ont pour l’instant été formées.

 

Les arrêts se font dans les villages, afin de visiter la population locale, d’approcher de plus près ses us et coutumes, de prendre des cours de cuisine donnés par les femmes engagées dans le projet.

 

Les tours sont organisés pour bénéficier à tous, et avec le succès de l’entreprise, les revenus sont de plus en plus largement distribués.

 

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D’un projet à l’autre

 

Kerala backwaters (30)L’intérêt de ce projet réside non seulement dans le fait que les revenus bénéficient entièrement et directement aux populations locales de villages hors des sentiers battus, mais également dans ses répercussions sur le développement d’autres projets : l’aménagement des maisons pour l’accueil des clients chez l’habitant (désenclavement), et un projet plus ambitieux de transformation de bio-carburant à partir d’huiles de fritures récupérées dans les restaurants des zones touristiques. Ce dernier projet a été freiné car la récupération coûte cher et ne permet pas de rentabiliser le coût du carburant, mais il n’est pas tout fait abandonné. Il contribuerait en tout cas à réduire l’impact du tourisme sur l’environnement et à développer d’avantage d’emploi local.


Kerala backwaters (29)De tels projets méritent le détour et le soutien, surtout lorsqu’ils sont organisés et gérés par des personnes tout aussi professionnelles qu’amicales. Un service et une attention irréprochables, des mets bien épicés mais délicieux. Les quelques jours passés sur ce bateau avec cet équipage en valent bien plus. Nous ne pouvons qu’être satisfaits d’avoir contribué à ce beau projet, et souhaitons qu’il dure aussi longtemps que possible dans le même état d’esprit.


Pour toute information (en anglais) : www.villageways.com. Et en France, auprès de leur voyagiste partenaire : www.labalaguere.com

Publié dans Chroniques Inde

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